L'aquatinte

 

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L'aquatinte est une technique nécessitant comme l'eau forte une morsure à l'acide, et qui permet d'obtenir par de judicieuses superpositions une variété presque infinie de dégradés.

Un tamis constitué de plusieurs épaissuers de tissus contenant de la colophane en poudre est secoué au-dessus du cuivre. Certains graveurs utilisent plus volontiers une boîte à grain, sorte de haute caisse où le grain est brassé par un courant d'air et qui donne une plus grande régularité de dépôt. Suivant le temps mis par la poussière de résine pour retomber, la concentration de grains déposée sur le cuivre sera plus ou moins grande.

 

La plaque est ensuite chauffée afin de faire adhérer le grain, puis plongée dans une solution d'acide, les interstices laissés laissés libres permettront d'attaquer le métal nu et d'obtenir à l'impression une tonalité riche et vivante. Goya le premier utilisa l'aquatinte pour traduire avec encore plus de vigueur et de spontanéité ses visions de cauchemar. Utilisé en à-plats simples elle donne à ses " caprices " cet éclairage si particulier fait de contraste de lumières cruelles et d'ombres sourdes, et souligne l'évidente beauté de ses délires d'enfer.

Les Romantiques y trouvèrent le moyen idéal de rendre l'atmosphère d'un paysage, et Rouault s'en servit pour sertir à la manière d'un vitrail les couleurs de ses images mystiques, d'un trait de lavis d'aquatinte large et puissant. Pour Picasso, ce procédé devint un élément de choix capable de s'associer à une incroyable variétés de moyens de graver, de mordre ou de rayer, toutes ces méthodes utilisées avec une volonté frémissante où l'image résultante côtoyait sans cesse le jeu et la sérénité.

 

La gravure en couleur se sert aussi avec bonheur de l'aquatinte puisque les tonalités ainsi obtenues peuvent être superposées sur plusieurs plaques repérées de même dimension pour transcrire à l'impression une infinité de valeurs colorées. Ainsi le prolongement du trait d'eau forte par l'aquatinte est d'une magnifique évidence.

Tour à tour graves ou aériens, dominateurs ou subtils, fougueux ou appliqués, les lavis d'aquatinte ajoutent au trait pur une dimension poétique, tactile et vivante que nombre de graveurs contemporains savent exploiter avec d'autant d'admirables réussites que leur tempérament trouve dans ce prolongement une technique capable de se plier à un très généreux éventail de sensibilités différentes.

Alain Cazalis : Graveur                                                 Retour à la page précédente