Renaissance de la gravure

Au cœur du quartier de Montparnasse, 54 rue Daguerre, dans le calme d'une vaste cour fleurie, l'atelier de gravure dit Atelier 63. Une femme, Joëlle Serve, le créa en 1975. Cette artiste, douée pour l'art graphique, et d'une volonté rare, dirige cet atelier, qu'elle a agrandi en 1979.

Joëlle fit ses études aux Beaux-Arts de Paris, élève des maîtres Souverdie et Bersier (ce dernier, grand défenseur de la gravure par ses écrits et son professorat). Le passage de Joëlle aux ateliers de l'Ecole des Beaux-Arts ne lui enleva rien de sa forte personnalité créative. Elle bénéficia d'un séjour à la Casa Velazquez à Madrid et se passionna au retour pour la gravure en couleur sous la houlette de mon ami S. W. Hayter, à l'Atelier 17. Elle acquit donc de nouvelles techniques sans être aucunement influencée par l'art de son maître.

De ses planches colorées se dégage une grande émotion, vraiment picturale par l'harmonie des couleurs sur un puissant graphisme en noir obtenu à l'eau-forte. Force et poésie,voilà la définition en synthèse de l'art de cette femme.

                Son Atelier 63, parfaitement conditionné pour mettre en œuvre les techniques de gravure, attire des artistes de toutes tendances et de nationalités les plus diverses. Joëlle respecte l'esprit particulier de ses élèves dans leurs recherches. Ils peuvent donc en toute franchise s'exprimer par le procédé de gravure qu'ils ressentent le mieux. Quel plaisir de parcourir ce vaste local qu'est l'Atelier 63 ! Une luminosité parfaite pour laquelle chacun des graveurs travaille sa plaque de zinc ou de cuivre.

                Joëlle Serve comprend parfaitement aussi bien le réalisme le plus aigu, voire précieux, que l'abstraction la plus audacieuse. L'ambiance est excellente entre tous ces artistes, mais l'ordre règne pour l'ensemble, sous la responsabilité d'un " massier ", de ce vaste atelier. On sent la joie de la recherche avec la passion des grands efforts pour certains de ces artistes.

                Alors, pour faire connaître et juger les productions de ses élèves, Joëlle Serve créa, en 1983, une association dénommée TRACE, association qui s'est déjà manifestée en province. Début novembre, ce sera Paris qui accueillera l'ensemble de gravures de TRACE. Cet ensemble étonnera presque sûrement les critiques d'art et passionnera, j'en suis persuadé, tous les amoureux de la gravure. Cet art, qui passe encore dans certains esprits pour mineur, est souvent sacrifié dans les grandes expositions. Parfois, il est totalement ignoré de certains critiques, et, pourtant, il est actuellement, en France, en pleine renaissance.

L'exposition de TRACE servira grandement la cause de toute la gravure, qui prouvera ainsi sa magnifique vitalité.

André Jacquemin, peintre graveur : membre de l'institut,
invité d'honneur de la 1ère biennale de novembre 1984.

 

 

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