La pointe sèche

Comment Rembrandt a-t'il obtenu des noirs si profonds, si riches, si pulpeux ? Soudain, lorsqu'on regarde une gravure, on tombe sur un trait qui, tout en étant continu, possède parfois la qualité d'un crayon dur, et d'autres, celle d'un fusain, un trait estompé, soyeux ; des surfaces superbement noires, veloutées, presque mystérueuses : on est devant une pointe-sèche et, cet aspect unique, typique, provient des " barbes ", minuscules crêtes rugeuses qui accompagnent les lignes et qui en retenant l'encre , laisse sur le papier un halo caractéristique.

Une pointe en acier bien effilée-longuement et amoureusement taille à l'aide d'un pierre à huile, une plaque, de préférence un beau cuivre ; une idée, une pensée, un sentiment, voire une image qui dirige la main du graveur ; un dialogue sans intermédiaire s'établit… Tout comme le burin, la pointe sèche est une technique essentiellement linéaire mais à la différence de celle-là, quand on creuse le métal, on ne l'enlève pas mais on le soulève sur les bords d'un ou des deux côtés de la taille en donnant ainsi lieu aux barbes. On raie, on coupe la surface d'une plaque evec une pointe-sèche, la technique emprunte son nom à l'instrument.

Il semblerait que cette technique soit la plus facile et la plus simple des façons de graver ; en fait, en dépit de la liberté qu'elle entraîne, c'est le contraire, elle requiert une rigueur et une concentration extrême. Une fois le dessin conçu, soit avec un crayon gras, soit avec un feutre spécial pour métaux, on trace les lignes principales sur la plaque. On procède ensuite à l'opération de graver. Il faut tenir la pointe avec souplesse et fermeté ç la fois, en faisant attention d'une part, à l'inclinaison de l'outil par rapport à la plaque et, d'autre part, à la pression que l'on exerce : à savoir, les barbes les plus solides et régulières, seront obtenues en appliquant l'instrument perpendiculaire à la plaque avec force et décision, même si l'on cherche à obtenir une ligne fine. La lumière se reflète sur le métal, alors, le cuivre brille, les sillons de même ; on se croirait devant un miroir, pour résoudre ce problème, avec ses doigts et avec une goutte d'huile, on frotte la surface de la plaque pour y provoquer une légère oxydation qui noircit un peu les tailles et nous permet ainsi de voir le travail réalisé.

                   

La diffficulté majeure de la pointe-sèche est le tirage : celui ci exige beaucoup plus de soin que les autres techniques. Un essuyage assez soigné à la tarlatane très souple ; un pommage délicat, pour finir avec un " retroussage ", opération consistant à poser la tarlatane et la promener doucement sur toute la plaque d'un geste circulaire afin de faire remonter l'encre des tailles à la surface, en rehaussant ainsi l'effet onctueux de la pointe-sèche. Actuellement, rien ne nous interdit de nous servir des brosses métalliques, du papier de verre, des limes, des roulettes, voire des clous ou des aiguilles. Mais l'outil indispensable pour un pointe-sèchiste, reste la pointe. Rembrandt eut l'idée d'utiliser la pointe sèche pour approfondir les noires de quelques eaux-fortes d'où l'aspect mystérieux de certaines de ses gravures. La fragilité de la pointe sèche peut être résolue grâce à l'aciérage.

La pointe sèche, un travail long, minutieux, fragile, qui permet néanmoins une expression plus libre : c'est la technique de choix pour les dessinateurs parmi lesquels elle trouve de plus en plus d'adeptes.

Patricia Montiel: graveur                                   Retour à la page précédente

 

 

 

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